Le mercredi 10 février 2010 00:30

François Pouliot

Un spécialiste chevronné des entreprises cotées en Bourse et des questions financières.
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BAA: la Caisse pourrait devoir remettre 850 M$

Permalink 21/07/09 22:07, François Pouliot / Général, 905 mots  
De mal en pis. La Caisse de dépôt et placement du Québec pourrait dans quelques mois devoir remettre entre 615 et 850 M$ CAN dans British Airport Authority (BAA). Un geste visant à consolider un reliquat de valeur d’environ 235 M$ sur les près de 2,9G $ qu’elle y a à ce jour investi.

S’il est un endroit où la Caisse de dépôt doit regretter de s’être posée, c’est bien à l’aéroport Heathrow de Londres. British Airport Authority est actuellement incapable de vendre à un prix décent l’aéroport Gatwick que la UK Competition Commission lui a ordonné de céder pour des motifs concurrentiels. Et l’on ne se trouve qu’en début de processus alors qu’elle devra aussi vendre d’ici deux ans Stansted de même que Edinburgh ou Glasgow.

Mais, pffff, si ce n’était que cela.

Voilà que le Département des transports britannique est à réviser sa réglementation sur le transport aérien et songe à introduire un nouveau régime qui serait un élément déclencheur de défaut sur les conventions de crédit de BAA.

Le projet prévoit notamment l’introduction de tests de crédit pour éviter le surendettement de certains opérateurs, des limites aux montants qui pourraient être sortis des activités réglementées, et la nomination d’un administrateur spécial en cas de difficultés financières. Cet administrateur aurait notamment pour mandat d’empêcher la vente de certains éléments d’actifs jugés d’intérêt public (des terrains et immeubles par exemple) et de s’assurer que certains services ne soient pas retranchés pour cause de détresse financière.

Le projet n’a pas encore fait beaucoup de bruit publiquement, mais a quand même fait bondir les assureurs britanniques qui ont des débentures de BAA. Pareille modification au régime juridique déclencherait des mécanismes prévus dans les conventions de crédit et forcerait une renégociation de celles-ci.

Qu’est-ce à dire pour la Caisse?

Credit Suisse estime que si ces mesures sont mises en place, BAA pourrait avoir besoin d’une nouvelle injection de 2,3 G de livres sterlings (4,2 G $ CAN) de ses actionnaires pour recapitaliser ses activités. La Caisse, si elle participe selon son ratio actuel de partenariat (21,2%), devrait alors injecter 850 M$ CAN.

Il n’est pas encore certain qu’un tel régime sera mis en place. Mais un nombre croissant d’analystes commence à redouter son arrivée. La période de consultation sur le projet a pris fin le 1er juin et le Secrétaire d’État doit faire connaître sa décision quant au cadre réglementaire final à l’automne. Il est peu probable que le régime puisse être présenté au parlement britannique avant les élections de juin 2010, mais les politiciens ne semblent pas, pour l’instant du moins, s’y objecter.

Même sans cette tuile, il faudra casquer de nouveau

Temps pour les gestionnaires de la Caisse d’étendre des chapelets et d’allumer des lampions pour que cette calamité soit repoussée?

Peut-être. Malheureusement la Providence ne semble pas nous favoriser.

Même sans cette nouvelle réglementation, les voix s’additionnent pour dire qu’il faudra remettre de l’argent dans BAA. Après que la maison Santander ait évoqué la chose il y a quelques semaines, la maison BPI l’indiquait de nouveau dans un commentaire au début du mois. Et Credit Suisse vient de le redire à son tour, il y a quelques jours.

Près de 1,6 G $ de livres de dettes arrivent à échéance en 2011 (2,9 G $ CAN), et plusieurs estiment qu’avec la baisse de valeur des aéroports (et le souvenir de cette baisse si les valeurs remontent), il sera vraisemblablement impossible de convaincre des banques de faire tourner l’emprunt. Résultat, la Caisse devra décaisser 615 M$ CAN.

Faut-il le faire?

Au début du mois de mai, nous rapportions que l’investissement de la Caisse dans BAA n’avait pratiquement plus de valeur. Autour de 132 M$, selon le scénario de base de Santander, 650 M$ selon son scénario optimiste, et – 325 M$ selon le scénario pessimiste.

Credit Suisse lui accorde cette fois 235 M$.

Il s’est détruit une valeur incroyable dans cette aventure BAA. Le placement de la Caisse valait initialement 2,4 G$ CAN. Elle en a apparemment rajouté 500 M$ à l’automne (selon des échos de presse qu’on n’a jamais vraiment pu se faire confirmer). En cours de route, elle a cependant réalisé un profit que nous estimons à 65 M$. Il peut manquer une opération à quelque part (on n’a jamais pu retrouver comment et à quel moment la participation était tombée de 23,5% à 21,2%). Peu importe, même approximatif, le calcul donne une assez bonne idée de l’ampleur de la perte.

Cela dit, cette perte est aux livres, ou, dit autrement, n’est pas encore cristallisée. Ne pas réinjecter d’argent ce serait accepter de se faire diluer en période de crise et renoncer à toute remontée éventuelle de valeur (l’argent neuf pousse le vieux, la Caisse n’aurait plus de participation). L’économie reprendra un jour et les multiples grossiront.

On ne récupérera peut-être pas une fortune, mais ce sera mieux que zéro.
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Commentaires:

Commentaire de: Bernard Gervais [Visiteur]
Comme si les 40 milliards $ perdus en 2008 en raison de l'achat de trop nombreux PCAA ne suffisaient pas, voilà que la Caisse de Dépôt devra remettre une partie des fonds qu'elle avait investis dans l'Aéroport de Londres !

N'ayons pas peur des mots : peu de temps avant de partir avec une généreuse prime, l'ex-P.D.G. de la Caisse (H.-P. Rousseau) et son équipe ont géré cette institution comme une bande d'incompétents !

Et dire que Charest, au sujet des 40 G $ partis en fumée, a déjà récemment déclaré que les Québécois voulaient désormais tourner la page sur les déboires de la Caisse ! Désolé pour lui, mais on n'a pas fini d'en entendre parler !

Permalien 21/07/2009 @ 23:43
Commentaire de: jean claude pomerleau [Visiteur]
M Rousseau est venu nous expliquer (Chambre de commerce)les raisons de ces pertes de 40 milliards, il a reçu un "standing ovation". Comparé aux rendement des autres fonds, les pertes accrues sont de 10 milliards, la majorité de ce montant est attribuable au PCAA. À ce sujet il dira: " C'est un mystère de la vie" que la Caisse en ait eu autant. M Lucien Bouchard viendra rajouter, après le discours de M Rousseau, que ce dernier a été transparent. Le PCAA serait donc un mystère transparent !

Les PCAA, non bancaires coutent actuellement 10 milliards de pertes à l'ensemble du Québec (Caisse, Banque Nationale, Mouvement Desjardins, etc) et on a pas le droit de savoir ce qui s'est passé exactement.

Entre autre, qui a fait quoi, quand, pour que la Caisse soit le principal actionnaire et le principal client d'une petite société de Toronto (COVENTREE) qui fut le plus gros promoteur des PCAA au Canada. Et pourquoi avoir accepter la SEULE notation AAA de DBRS (Toronto) alors que cette société était payer par Coventree, donc en conflit d'intérêt !
Sans cette notation AAA de DBRS il n'y aurait pas eu de marché institutionnel pour ces PCAA non bancaire. Et le Québec aurait sauvé 10 milliards de pertes. C'est 100 fois plus que le 100 millions de Vincent Lacroix en passant.Lui on veut le lyncher, Rousseau lui: Standing ovation.
Permalien 22/07/2009 @ 07:36

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